Bonjour,
Je suis Virginie, une des membres de l’association Mon Revenu de Base.
En charge des relations avec les bénéficiaires de l’expérimentation que nous menons depuis décembre 2017, je les observe évoluer et se questionner sur l’utilisation du revenu de base et cela me conforte dans l’idée que c’est un outil indispensable pour renouer avec le progrès social.
La diversité des profils des bénéficiaires met à jour différentes difficultés et problématiques que chacune et chacun d’entre vous est un jour à même de rencontrer et pour lesquelles le revenu de base apporte des réponses.

Denis

Denis, la trentaine, est au début de l’expérimentation bénéficiaire du RSA. Encore aujourd’hui, ses problèmes de santé et sa vie à la campagne sont pour lui des barrières physiques à son épanouissement.
Les premiers versements mensuels de 1000 euros ont fait évoluer la vision fermée qu’il avait de son futur, projection pas toujours évidente à supporter moralement.
Alors, après une phase de questionnement pour trouver la bonne utilisation du revenu de base, se soigner est apparu comme une priorité. Puis à la suite de quelques mois de réflexions, se rendre mobile par l’achat d’un véhicule est devenu une évidence : l’accès aux soins et les démarches de recherches d’emploi sont alors facilités. Bricoleur, Denis a acheté un mini van dans une casse et a pris soin de faire les répartions qui s’imposaient afin de le faire passer au contrôle technique : à chaque étape, c’est un petit pas qui aide à renouer avec la vie dans une société …
Maintenant son principal projet est de partir du village isolé dans lequel il vit et qui ne lui offre aucune perspective d’emploi adaptée à ses compétences.
Malheureusement, ses problèmes de santé ont refait surface mais Denis est dans une phase combative et avec un accès aux soins désormais simplifié, nous espérons son prompt rétablissement afin qu’il puisse passer d’une situation de précarité subie à une mobilité choisie.

Alain

Percevant le revenu de base depuis février 2018, Alain, la cinquantaine, bénéficiaire du RSA en début d’expérimentation, vit aussi dans une zone où ses compétences de charpentier ne trouvent pas preneurs. Autodidacte, ayant exercé divers métiers, ses premières mensualités du revenu de base lui ont permis de se remettre à flot et il est à son tour dans la phase de questionnement sur la bonne utilisation du revenu de base. En attendant, il donne son énergie dans des activités associatives, culturelles et citoyenne.

Brigitte

Si pour certains le revenu de base se montre indispensable afin de renouer avec une vie professionnelle, pour d’autres, il peut aussi apparaître comme un soutien, moral et financier, surtout quand l’emploi est menacé. Ainsi, Brigitte, la cinquantaine, vendeuse en maroquinerie, dont le contrat de 28 heures la rend éligible à la prime d’activité, bénéficie des mensualités du revenu de base depuis décembre 2017. Aujourd’hui, les gérants du commerce qui l’emploient, lui ont fait part de la mise en vente de leur boutique.
Ses premières pensées se sont tournées vers le revenu de base : initialement, conservé pour les coups durs puis, dans un futur plus lointain, pour sa retraite, le revenu de base s’apparente aujourd’hui à un filet de sécurité qui lui permettra de traverser la phase de recherche d’un nouvel emploi de manière plus sereine.
Dans la galerie marchande où travaille Brigitte, cette maroquinerie n’est pas le seul commerce qui souhaite fermer, d’autres l’ont d’ailleurs devancé laissant des emplacements vides.
Ainsi posons-nous la question : si, comme Brigitte, tous les acteurs de cette galerie, des employés aux gérants en passant par les clients, percevaient le revenu de base, le développement local de cette galerie et de ses alentours ne s’écrirait-il pas différemment ? Au-delà de tous les biais culturels et sociaux, qui circulent sur le revenu de base, pouvons-nous juste essayer d’envisager, chacune, chacun, ce que pourrait apporter le revenu de base, à la vie de cette galerie et en allant plus loin, aux dynamismes locaux en les sécurisant et en pérennisant des zones qui sont aujourd’hui menacées de désertification ?

Caroline

Une autre bénéficiaire, un autre exemple démontrant la pluralité d’horizons que peut apporter le revenu de base. Caroline, la cinquantaine, secrétaire dans un centre de formation, a des envies de changements professionnels.
Au début de l’expérimentation, ces changements étaient de l’ordre du désir, ce désir que l’on a tous un jour dans la tête, que l’on reporte à demain et qui souvent s’étiole et finit en regrets.
Pour elle, le revenu de base a été l’impulsion, le déclic qui lui a permis de passer de ses envies à leur proche concrétisation. Depuis, son projet suit son court, avec des acteurs du monde de l’emploi et de la formation qui aident Caroline à définir son avenir professionnel. Celle-ci se sent d’ailleurs rassurée : si une formation lui est utile, elle pourra la financer avec le revenu de base.
Choisir son travail est une des premières finalités que nous espérons par la mise en place du revenu de base. La crise de sens que traverse le monde du travail a des conséquences plus ou moins importante sur les individus : alors à défaut de pouvoir faire changer immédiatement le système, si chaque individu avait déjà un revenu de base pour le soulager moralement, l’aider dans son évolution, ne ferions-nous pas bouger un peu les lignes ?

Ainsi il appartient à chacune et chacun d’imaginer ce qu’un revenu de base pourrait apporter dans sa vie. Au minimum, c’est un filet de sécurité permettant de ne pas glisser vers une trop grande précarité, le maximum, ce sera ce que chacun d’entre vous désirera en faire. Cependant, une société où la précarité est maîtrisée et où ses administrés ont la possibilité de s’épanouir, n’est-elle pas le souhait de tout un chacun(e) ? De l’utopie à la réalité, le prochain pas est le revenu de base.