Je suis doctorante. Je ne suis plus financée pour mes recherches. En tant qu’étudiante, je n’ai pas droit au RSA. Ayant eu un contrat, j’ai cependant, pour ma part, droit au chômage.
J’observe pour mes camarades que certains sont conduits à accepter des contrats payés 800€ par mois avec un service correspondant à celui d’un maître de conférence. Ou encore des vacations qui conduisent dans mon domaine à être rémunéré 4 à 6€ de l’heure effectivement travaillée (aucune prise en compte des heures de préparation des cours, des surveillances, des organisations d’examen, commissions, correction de copies, surveillances etc. ).
Pour ma part, je fais partie des chanceux ayant bénéficié d’un contrat doctoral m’ouvrant droit au chômage. Je constate cependant une véritable exploitation des doctorants : cela revient moins cher que d’embaucher des maîtres de conférence et pour avoir une “manne” de travailleurs bon marché dans les universités, je soupçonne que l’on incite à la poursuite d’études doctorales des étudiants dont les chances de poursuivre une carrière universitaire sont douteuses, afin de disposer d’une main d’oeuvre bon marché pour assurer les enseignements. Aux dépens de la qualité des enseignements délivrés aux étudiants (la plupart des doctorants ne sont pas formés à l’enseignement et acceptent de délivrer des enseignements dans des matières qu’ils ne maîtrisent pas). Aux dépens également du recrutement de maîtres de conférence ou du recrutement de doctorants en contrats d’enseignement-recherche, mieux rémunérés (environ 1700€/mois).
Pour cette population, le revenu de base permettrait d’être en mesure de refuser des conditions de travail s’apparentant à de l’exploitation. Conduirait, je l’espère à une revalorisation des contrats d’enseignement, dans la mesure où cela pourrait conduire à une pénurie (qui existe déjà dans mon université) de chargés de travaux dirigés. Donc recruter les enseignants sur des contrats moins précaires. Et si ce n’est pas le cas… que les jeunes chercheurs ne soient pas tout simplement conduits à dépendre financièrement de leurs parents (ce qui est le cas pour ceux qui ne bénéficient pas du chômage, puisque comme je l’ai précisé, un doctorant ne peut pas bénéficier du RSA et que les autres contrats (maximum 800€/mois) ne permettent pas de faire face seul à un loyer).
Ne pas accepter de multiplier les enseignements pour espérer gagner 6000€ par an (vacation). Donner des enseignements simplement par passion ou pour développer son expérience d’enseignement.
Pour ma part, un revenu de base serait l’assurance de pouvoir trouver un juste équilibre entre mes activités de recherche et d’enseignement sans que la question matérielle puisse entrer en ligne de compte.
Personnellement, je pourrais également consacrer davantage de temps à ma vie associative. Egalement, si tout le monde pouvait bénéficier d’un tel revenu, je pourrai également espérer recevoir davantage de soutien bénévole au sein de cette association.
Je continuerai donc d’apporter ma contribution à la société : en formant les générations futures, en animant la recherche et en soutenant des personnes dans leur parcours médical. Seulement, je n’aurai pas cette inquiétude de savoir si cette contribution pourra continuer à me permettre à payer mon loyer et à manger le jour où je ne bénéficierai plus d’allocations chômage. Ce qui pourrait me conduire à accepter un travail dans lequel la question de l’utilité sociale de ma contribution me paraît plus discutable.